A propos des pesticides…

L’utilisation de substances permettant de lutter contre les ravageurs des cultures est sans doute aussi ancienne que l’agriculture elle-même. Les moyens de lutte sont d’origines minérales (plomb, arsenic, mercure, soufre, etc.) ou végétales (extraits de sureau, cèdre, cumin, etc.).
En -750, Homère décrit par exemple l’usage du soufre (connu des Sumériens dès -4500) et, au 1er siècle, Pline recommande l’arsenic comme insecticide.
La révolution agricole du 18e siècle – faisant passer la vocation des productions de la subsistance à la rente – voit se généraliser le recours aux engrais et la nécessité de protéger les cultures.
En 1845, l’épidémie de mildiou qui touche les cultures de pommes de terre cause une famine sans précédent en Irlande et d’importants dégâts sur le continent. C’est dans ce contexte que se généralisent les fongicides à base de sulfate de cuivre et leur épandage au moyen de pulvérisateurs à dos. Jusque dans les années 1920, certaines plantes restent également commercialisées en grandes quantités pour leur propriétés insecticides (tabac, neem, racines de Derris et de Lonchocarpus, etc.).
C’est suite à la première guerre mondiale et aux recherches sur les armes chimiques que se développe la chimie organique avec l’apparition d’un grand nombre de composés de synthèse appartenant principalement aux familles des organophosphorés et des organochlorés (comme le DDT qui sera commercialisé dès 1943 et ne sera retiré du marché belge qu’en 1974).
Durant la seconde moitié du 20e siècle, du fait d’une raréfaction de la main d’œuvre à bas coût, les herbicides sélectifs connaissent un succès grandissant.
Jusque dans la fin des années 80’s, la consommation de ces molécules augmente de manière exponentielle et, couplée aux engrais chimiques1, accompagne une considérable élévation des rendements agricoles (encouragée par les politiques communautaires productivistes ayant cours depuis la fin de la guerre). Les pesticides sont alors considérés comme des produits efficaces, faciles d’utilisation et relativement peu onéreux.
Utilisés de concert avec des variétés hautement productives – bien que généralement sensibles aux maladies – ces produits phytosanitaires sont à la base de l’agriculture dite « conventionnelle ».
Cependant, la généralisation et le succès de leur utilisation s’inscrit dans un contexte de méconnaissance et de sous-évaluation de leurs effets tant sur l’environnement que sur la santé humaine.

Prise de conscience des effets délétères des pesticides… et fin du tout chimique.
Lorsqu’en 1962, une biologiste américaine publie un livre dénonçant l’impact de ces produits peu sélectifs et persistants sur les espèces sauvages2, les consciences commencent à évoluer. Dans son « Printemps silencieux », Rachel Carson établit notamment un lien entre le déclin de certaines populations d’oiseaux et les pulvérisations de DDT dont l’ingestion entraînait des troubles de la reproduction et un amincissement des coquilles. L’auteur y dénonçait également le lobbying des firmes phytopharmaceutiques et l’immobilisme des autorités publiques.
Depuis lors, les règlementations européennes et nationales ont évolué et tentent de mieux prendre en compte les risque liés à l’emploi des pesticides, pour les utilisateurs, les consommateurs, et pour tenter de limiter leur impact sur les écosystèmes.
Malgré ces mesures, société et environnement continuent à payer un lourd tribut à l’emploi généralisé et systématique de ces produits. Ainsi l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) estime à un million le nombre de personnes intoxiquées chaque année3 alors que le nombre de décès liés à leur emploi approcherait les 200.0004

Si, aujourd’hui, le nombre de fruits et de légumes définis comme non conformes – car dépassant les limites maximales de résidus de pesticides autorisées – est en baisse5, la majorité d’entre eux présentent encore des traces détectables d’un mélange de 4 ou 5 molécules différentes. Or, nous verrons que l’effet de ce « cocktail » n’est pas sans conséquences !
En Europe, motivées par une demande citoyenne et par le constat de l’effet toxique des pesticides, des actions ont été entreprises avec, pour ambition, une réduction des risques liés à l’emploi de pesticides… mais avec un bilan finalement peu concluant ! De nouvelles molécules sont apparues, pour remplacer les anciennes jugées « trop nocives », mais dont l’impact se révèle in fine tout aussi problématique, si pas davantage.
Ainsi, certaines substances se sont révélées appartenir à la classe des perturbateurs endocriniens. Elles impactent la santé, même à dose infime, et peuvent notamment, être à l’origine de certains cancers hormonodépendants. Par ailleurs, on constate un décalage entre la découverte et la mise sur le marché de nouvelles molécules et l’approfondissement des recherches de leurs effets sur la santé. En conséquence, elles sont utilisées pendant plusieurs années (voire décennies) avant qu’on en interdise l’utilisation.

Si, entre 1995 et 2014, les volumes vendus (présupposément assimilables aux volumes utilisés) en Wallonie, pour les particuliers, sont à la baisse – du fait d’une règlementation plus contraignante et d’une prise de conscience globale – ceux vendus aux professionnels ont tendance à stagner6. Pourtant, des alternatives aux produits chimiques de synthèse sont connues depuis longtemps ; il suffit de s’intéresser à toutes les techniques utilisées en agriculture biologique.
Depuis quelques années, la recherche agronomique s’intéresse à de nouveaux moyens de lutte contre les indésirables des cultures (moyens mécaniques et thermiques, substances naturelles, association de végétaux, lutte biologique, etc.). Ceux-ci reposent non plus sur des molécules chimiques mais sur une meilleure compréhension des cycles et des équilibres au sein de l’agro-écosystème.