Alternatives aux pesticides en prairie

DSC_0284Les plantes indésirables les plus courantes :

L’adventice qui pose le plus de problèmes en prairie est le rumex. Le rumex a une influence négative sur les paramètres alimentaires des fourrages, diminution de la digestibilité, des valeurs énergétiques et protéiques. Pour améliorer la qualité alimentaire et le rendement de la prairie, en agriculture conventionnelle un traitement est donc recommandé. Le traitement est souvent suivi d’un sursemis d’un mélange fourrager pour combler les vides créés. La maîtrise des plantes indésirables peut avoir un caractère social.  Dans les discussions d’agriculteurs on entend souvent : il a du rumex, c’est un mauvais fermier ou c’est un bio. Du moment que le niveau d’infestation est acceptable, on peut laisser le rumex. Par contre, trop de rumex peut avoir une perte économique. C’est une plante nitrophile qui n’a jamais soif et qui est allélopatique. Il faut donc la maîtriser et éviter qu’elle ne se développe. En agriculture bio, le traitement chimique n’est pas autorisé. La maîtrise des adventices en prairie bio, c’est donc un peu plus de travail. En passant en bio, l’agriculteur doit réapprendre à faire de l’agronomie.

Le rumex a des yeux dormants sur les premiers cm de ses racines. Le rumex crépu a des yeux dormants sur les 4 premiers cm. Le rumex à feuilles obtuses sur les 8-10 premiers cm. Il vaut donc mieux travailler le sol à 10 cm pour éviter de couper au-dessus des yeux dormants. Le rumex produit 50 à 60.000 graines par plant. La graine a besoin de lumière pour germer. Le stock semencier peut vivre jusque 80 ans. Ce ne sont pas des graines qui volent. Elles tombent donc au pied du plant de rumex.

Le chardon des champs a beaucoup de rhizomes (horizontaux et verticaux) qui sont des systèmes de multiplication très puissants. L’été et l’automne le chardon recharge ses réserves au niveau de son système racinaire pour passer l’hiver. Au printemps, il n’a presque plus de réserves et dès que les nouvelles feuilles arrivent elles vont recharger les racines car elles font de la photosynthèse (point de compensation). Au printemps, les jeunes pousses de chardon sont les plus vulnérables. Le stade bouton est le deuxième moment où elles sont le plus faible (juin) car la racine est déchargée. Quand l’eau tombe dans la tige fauchée, elle fait pourrir le chardon. Le chardon ne supporte pas d’être fauché souvent. Dans les champs, un bon moyen pour éliminer les chardons, c’est de planter de la luzerne dans les rotations. La luzerne a un système racinaire très puissant et concurrentiel du chardon avec des fauches régulières. Il faut semer la luzerne en soirée ou la nuit car la bactérie qui est inoculée avec la luzerne est très sensible à la chaleur et à la lumière. On peut faire des mélanges : luzerne avec fétuque élevée, dactyle et trèfle. Afin d’obtenir un fourrage propre, le mélange peut être semé sous le couvert d’une autre culture (pois protéagineux de printemps ou avoine de printemps / pois fourrager et ou vesce commune et ou trèfle d’Alexandrie. Les campagnols aiment bien la luzerne et le trèfle violet ce qui peut expliquer parfois le problème de levée  et de maintien de la luzerne. Les graines de chardons ont un petit parachute mais ne tombent pas très loin et le pouvoir germinatif du chardon est assez faible.

Le pissenlit (genre Taraxacum) devient une adventice lorsqu’il y en a de trop car elle a peu de matière sèche. Par contre, elle est très riche en minéraux (positif pour la santé animale). La graine de pissenlit a un petit parachute qui vole loin.

La renoncule ou le bouton d’or. Il y a principalement la renoncule rampante, la renoncule des prés et la renoncule bulbeuse. Elle est un indicateur de ph acide et de terrain plus humide (excepté pour la renoncule bulbeuse) souvent présents dans les prairies à chevaux. Elle n’est pas bonne pour les animaux et même toxique. Elle n’est pas toxique dans le foin.

Le plantain majeur dans les zones fort tassées et le plantain lancéolé dans les prairies de fauche. Trop de plantain n’apporte pas de rendement mais un peu est bon pour la santé animale (on en ressème dans les mélanges) car très riche en minéraux et indicateur de sol vivants. Par contre, c’est un indicateur de sol pauvre.

L’ortie est nitrophile ou pousse dans les vergers haute tige dans les zones ombragées. On la fauche et on fait des sursemis pour la maîtriser.

La cardamine des prés est une plante indicatrice de sol acide et la cardamine hérissée est gênante dans les nouvelles prairies dans l’installation d’un nouveau semis. Les graines sont jetées. Après fauchage et pâturage elles ne sont plus un souci.

Le mouron des oiseaux est une plante indicatrice d’une terre bien fumée et très riche avec des graines oléagineuses qui vivent longtemps dans le sol. Pour la maîtriser, il faut avoir des prés bien hersés et pas trop d’azote à action rapide. Dans les jeunes semis, le mouron est plutôt embêtant.

Graminées : le chiendent rampant (plante à rhizome) et l’agrostide (plante à rhizome) hyper allélopatique (par contre présente dans les semis pour les golfs) et fait très peu de feuilles. On la retrouve souvent par exemple dans des « prés à moutons » jamais hersés.

En région herbagère on a le pâturin annuel dans les prairies de fauche. Il faut herser la prairie pour l’éliminer. En général, on conseille de faire un sursemis après 4 ans et de herser au moins une fois au printemps. Tout ce qui s’arrache doit s’arracher quand on herse dans de bonnes conditions.

La grande berce (ombellifère) se retrouve généralement dans les prairies uniquement de fauche car elle ne supporte pas le piétinement.

Quelles sont les causes de l’apparition de plantes indésirables en prairie?

Le compactage est surtout la cause de l’apparition de rumex et de plantain majeur. Le passage avec du matériel lourd, une charge au pâturage élevée ou les endroits d’affourragement sont les endroits où il y a du compactage. Il existe du matériel de décompactage de prairie. Le passage avec des outils à dents, ailettes et disques  comme par exemple l’herbaflore de chez Actisol offrent des conditions moins favorables au rumex.

L’azote à action rapide, comme les lisiers, purins, fumiers de volaille et engrais minéraux. La vie microbienne du sol nécessite un bon équilibre entre les protéines et les sucres. Le lisier est principalement constitué de protéines. Lorsqu’on utilise du fumier composté on obtient un meilleur équilibre entre les sucres et protéines. Le déséquilibre au niveau de l’alimentation des microorganismes provoque une structure plus verticale qui est favorable aux racines à pivot. De plus le rumex est capable d’assimiler de l’azote sous forme ammoniacale.

Dans des gazons trop clairs, il est conseillé de faire un sursemis. Il faut éviter d’avoir des vides.

Il peut y avoir un stock semencier déjà présent dans une prairie.

L’introduction de semences de plantes indésirables peut également se faire par l’apport d’engrais de ferme (fumier ou lisier frais). En effet, les graines de rumex passent le système digestif des vaches et n’y sont pas détruites. On recommande de composter le fumier (on vide le fumier sur une partie de sa prairie et on fait passer une machine qui retourne et aère le compost ce qui va provoquer un réchauffement du tas qui va détruire les graines de rumex). Deux retournements sont recommandés pour détruire également les semences qui se trouveraient sur les flancs qui ne chauffent pas. Il faut un fumier suffisamment pailleux pour réaliser un bon compost.

Les semences produites soi-même ou achetées (en général bien contrôlées) peuvent contenir des semences d’adventices.

Les fourrages produits soi-même ou achetés peuvent contenir des semences d’adventices.

Le lisier ou fumier produit soi-même ou acheté peut contenir des semences d’adventices.

L’acidité du sol vient de la roche mère. Par exemple, sur des sols contenant de la roche calcaire soluble ou en Hesbaye sur de la marne on a des terre avec un ph acceptable car on est sur de la roche avec un bon équilibre. Sur du schiste on a des sols plus acides qui va favoriser certaines plantes (rumex, renoncule, cardamine). En Ardenne, l’acidité vient de la roche mère et on n’arrivera pas à faire ré-équilibrer le sol comme dans d’autres régions. Il faut donc apporter régulièrement du calcium pour alimenter les microorganismes et la plante et pour limiter la toxicité de l’aluminium et du manganèse. Apporter de la chaux régulièrement va calmer la toxicité.

Le type de gestion des prairies peut-être une cause de l’apparition de plantes indésirables. Selon qu’on a une prairie de fauche ou de pâture, le type de gestion est différent. L’idéal c’est d’alterner fauche/pâture.

Les chevaux peuvent être source d’adventices. Les chevaux font des crottins à la même place ce qui  crée des zones de refus. Il est donc recommandé d’herser les crottins. De plus, le cheval coupe très ras ce qui provoque rapidement du surpâturage.

Un surpâturage peut provoquer des vides et donc l’apparition d’adventices.

Le contrat : beaucoup de propriétaires de prairies ne veulent pas faire bail avec l’agriculteur et font de la vente d’herbe. Beaucoup d’agriculteurs ne savent pas si demain ils auront encore la prairie. La gestion des adventices se fait sur du long-terme. Il y a également beaucoup de terrains communaux avec redistribution à moyen terme des terres.

Le cas du rumex

Il existe une grille d’évaluation pour le rumex (Agridea (fibl)) :

Jusque 0,25 plantes/m2 : Intervention manuelle possible ou des zones localisées à 1 plante/m2

De 0,25 à 0,5 plantes/m2 : intervention manuelle progressive, faucher les hampes florales (pas trop bas à 6 cm) pour épuiser le rumex et éviter qu’il fasse des nouveaux rejets). En prairie la faucheuse de refus est l’idéale (6 cm).

>0,5 plantes/m2 : intervention manuelle ingérable, if faut prendre des dispositions.

Attention : Quand on labour, le rumex se met dans le fond de la raie. Le rumex repousse mais sa racine est couchée dans le fond de la raie et si on veut l’arracher à la main on risque de casser la racine et donc de la laisser en terre.

Moyens préventifs :

Il est intéressant de faire une analyse de la terre pour évaluer le taux d’acidité de la prairie et de maintenir une alimentation régulière pour avoir toujours du calcium disponible. Il est conseillé d’herser les prairies dans de bonnes conditions et pas en périodes de stress et de garder un gazon fermé. Pour cela, un sursemis fin août /début septembre (ou au printemps) en fonction des conditions climatiques est conseillé. Pour réussir un sursemis, il faut de la pluie après celui-ci et rouler ou pâturer la prairie pour avoir un bon contact sol/graine. Quand c’est possible, l’idéal c’est d’alterner la fauche et le pâturage. Le pâturage précoce au printemps, également appelé pâturage sur gazon court est intéressant car les jeunes pousses de rumex seront mangés par les vaches. Par contre, il faut éviter le  surpâturage et donc tourner sur gazon court. Le pâturage favorise le tallage des graminées, ce qui permet d’obtenir une prairie dense. Il ne faut pas oublier de faire des stocks de fourrages. On peut aussi privilégier le compost comme fertilisant qui va favoriser les légumineuses (cela permet un meilleur équilibre graminées/légumineuses) et ça va nourrir les micro-organismes (cellulose de la paille pour le sucre, protéine et azote). Le lisier et/ou le purin vont nourrir le rumex car il y a beaucoup d’ammoniaque, donc c’est à utiliser avec modération. Il est aussi important de ne pas faucher trop bas car cela favorise les rejets de rumex.

Les moyens curatifs :

L’arrachage manuel du rumex au fer à rumex permet d’aller chercher à 10 cm la racine de rumex.

Bêche à rumex 1   Bêche à rumex 2

Fer (fourche) à rumex (Agra-Ost)

Cela prend du temps. Une méthode originale qui permet de suivre ses parcelles de manière méthodique, c’est dans le cas du pâturage au fil, on peut retirer le rumex chaque fois que l’on avance le fil (dans les limites du possible). Il faut bien arracher la racine du rumex et avoir des semences pour prairies pour ressemer dans les trous afin d’éviter que d’éventuelles racines de rumex ne repartent avec la lumière (sursemis). Toujours mettre le rumex dans un sac après fauchage car il prolifère vite. Il faut exporter, brûler ou mettre le rumex au compost. La bio-méthanisation permet également de tuer le rumex (38°C). On peut aussi faire pâturer des chèvres ou des moutons qui mangent mieux le rumex ce qu’on appelle également le pâturage mixte (les ânes mangent les chardons). Le trèfle violet peut être problématique car il libère des substances par ses racines et provoque la germination des graines de rumex. Il est important de décompacter les prairies avec des outils à dents, ailettes et disques. On peut également utiliser une écimeuse (en culture par exemple), la technologie est assez récente (ex. Combcut https://www.youtube.com/watch?v=8Niksi8Ihws). Pour certains il est intéressant de travailler en lune montante. La lune descendante c’est bon pour les repiquages et donc la lune montante est bonne pour l’arrachage. C’est une technique auquel on croit ou on ne croit pas. La biodynamie est également une pratique possible. Le désherbage thermique est également en cours de recherche: pulvérisation avec de l’eau chaude (90°C) ou un bruleur thermique. Cependant, ce sont des pratiques énergivores.

Quand il a trop de rumex dans une prairie, on peut mettre la prairie en rotation. Dans le cadre de la gestion durable de l’azote la législation interdit de détruire une prairie permanente quand on veut : il y a des dates : entre le 1er février et le 31 mai. L’idéal est un déchaumeur avec des pointes à ailettes pour dégazonner et affaiblir la prairie, on l’aide à décomposer le gazon. S’il n’y a pas de rumex ni de chiendents, on peut utiliser un déchaumeur à disque, sinon ça va multiplier le rumex et le chiendent. De même, le peloir de la charrue multiplie le rumex, car le peloir coupe dans son collet et il va se remultiplier par les débris de racine qui seront capable de reprendre. Les charrues agronomiques (p20-27  https://www.biowallonie.com/wp content/uploads/2017/11/Brochure-A4-Itineraire-BIO-37.pdf) (ressemble à un polysoc réversible) évitent cela (travaille à 15-20 cm sous la terre et ne possède pas de peloir). Labourer sur 20 cm est la méthode la plus efficace. Seulement, les prairies stockent du carbone. En labourant, le carbone va être libéré dans l’air. Les espèces à semer dans la rotation sont certaines céréales concurrentielles au rumex comme le seigle, l’avoine (allélopathique), les méteils à ensiler (triticale, avoine, pois ou avoine, pois, vesce) sont très concurrentiels. En inter-culture on peut implanter des crucifères ou du sarrasin. Lors du travail du sol, il faut éviter les fraises. Une machine permet de faire ressortir du sol toutes les racines pour les faire sécher : c’est un rotor inversé (Kvik-up https://www.youtube.com/watch?v=KZdvtemCbGc , Vario Digger,…) qui vont faire retomber les rhizomes sur le sol. Le travail du sol permet de faire des faux semis. Il existe des moissonneuses avec récoltes de menues pailles (petites pailles, graines), qui permet d’éviter aux graines d’adventices et de céréales d’être replantées. Il faut combiner différentes techniques et utiliser le matériel disponible et accessible. Il ne faut pas intervenir de manière trop radicale sur une trop grande surface à la fois, ça doit rester gérable. Il faut aussi bien choisir le mélange prairial avec des espèces concurrentielles qui répondent aux caractéristiques de son exploitation.  Des maisons de semences proposent des mélanges avec  des chicorées fourragères (du genre Cichorium) dans les prairies de pâture (racine très puissante et concurrentiel au rumex).

Chicorée fourragère

Chicorée fourragère

Conclusion

Il est important de garder de la biodiversité en prairie. Il existe des espèces intéressantes pour la santé animale. On s’en sert en homéopathie animale. Par exemple, certaines plantes contiennent des tannins (lotier corniculé) et sont vermifuges, d’autres contiennent des oligoéléments. Elles peuvent donner du goût et caractériser les fromages ou viandes.

Pour plus d’info concernant les prairies et l’agriculture biologique

http://www.fourragesmieux.be

https://www.biowallonie.com

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